Catherine McKenna, de l'UNISON, avertit que sans droits du travail, il n'y aura pas de véritable accès à la justice pour les femmes.
Mar 16, 2026
Lors de la 70e session de la Commission des Nations unies sur la Condition de la Femme (CSW70), Catherine McKenna, Présidente d'UNISON, a souligné les progrès réalisés dans les conclusions concertées sur l'accès à la justice pour les femmes et les filles, mais a averti que des lacunes structurelles subsistent, qui affectent particulièrement les travailleuses.
C. McKenna, représentant l'Internationale des Services Publics (ISP), s'est félicitée de l'inclusion d'un paragraphe spécifique liant l'accès à la justice aux droits du travail dans le monde du travail. Ce paragraphe réaffirme l'importance des normes internationales du travail et souligne que la liberté d'association et la négociation collective sont des droits fondamentaux qui permettent d'avancer sur d'autres garanties essentielles pour les femmes, telles que l'égalité de rémunération et les droits liés aux soins.
Lorsque la législation du travail est affaiblie ou que les systèmes d'inspection manquent d'indépendance et de ressources, les femmes ne disposent pas de mécanismes efficaces pour dénoncer la discrimination, la violence sur le lieu de travail, l'inégalité salariale ou les licenciements abusifs.
Du point de vue syndical, cette reconnaissance renforce la capacité des syndicats à défendre l'égalité sur le lieu de travail. Toutefois, la déclaration met également en lumière une tendance inquiétante : l'érosion des protections du travail et la faiblesse des mécanismes d'application.
Selon C. McKenna, lorsque le droit du travail est affaibli ou que les systèmes d'inspection manquent d'indépendance et de ressources, les femmes - qui sont surreprésentées dans les secteurs précaires, à bas salaires et dans les emplois liés aux soins - sont privées de mécanismes efficaces pour dénoncer la discrimination, la violence au travail, les inégalités salariales ou les licenciements abusifs.
La Présidente d'UNISON a par ailleurs souligné que l'un des principaux obstacles à la justice pour les travailleuses est la non-reconnaissance des soins comme un droit humain. La charge disproportionnée du travail de soins non rémunéré ou mal rémunéré qui pèse sur les femmes limite leur autonomie économique et leur capacité réelle à faire valoir leurs droits.
Dans ce contexte, elle a défini une série de priorités pour progresser vers une justice effective pour les travailleuses. Il s'agit notamment de mettre un terme à l'érosion des droits du travail, de renforcer les systèmes d'inspection du travail, de garantir la liberté d'association et la négociation collective dans les secteurs précaires et de soins, de reconnaître le droit aux soins dans la législation et les politiques publiques, et d'investir dans des services publics de soins de qualité.
Grâce à ces mesures, a conclu C. McKenna, il sera possible de progresser vers une égalité réelle et un véritable accès à la justice pour toutes les femmes qui travaillent.
Discours intégral
Au nom de l'Internationale des Services Publics, qui représente les travailleurs du secteur des soins dans le monde entier, et des FSI, nous nous félicitons de l'adoption d'un paragraphe autonome sur l'accès à la justice pour les femmes dans le monde du travail.
Ce paragraphe fait référence aux normes internationales du travail et souligne l'importance de garantir la liberté d'association et la négociation collective en tant que droits fondamentaux. Ces droits constituent le fondement de la promotion d'autres droits, notamment l'égalité de rémunération pour un travail de valeur égale et les droits en matière de protection sociale sur le lieu de travail.
L'accord sur ce paragraphe renforce le plaidoyer des syndicats en faveur de l'égalité sur le lieu de travail.
Toutefois, la principale lacune qui entrave l'accès à la justice des travailleuses reste la régression continue des protections du droit du travail et l'absence d'une application indépendante et accessible du droit du travail.
Avec l'affaiblissement des droits syndicaux et des droits du travail, les femmes, qui sont surreprésentées dans les secteurs mal rémunérés, précaires et liés aux soins, sont privées de recours efficaces en cas de :
discrimination,
harcèlement et de violence au travail,
justice salariale,
et des licenciements abusifs.
L'accès à la justice n'est pas possible lorsque
les systèmes d'application manquent de ressources ou sont politisés,
les inspections du travail manquent d'indépendance ou de capacité,
ou lorsque les femmes doivent supporter individuellement les coûts et les risques liés à la poursuite des actions en justice.
Cette lacune est encore aggravée par le fait que les soins ne sont pas reconnus comme un droit humain. Chacun.e mérite le droit à des soins de qualité qui, dans le meilleur des cas, transforment la vie des personnes et leur permettent de vivre pleinement. Mais la charge des soins non rémunérés et sous-payés supportée par les femmes restreint leur propre indépendance économique et limite leur capacité à demander justice.
Pour aller de l'avant, plusieurs priorités sont essentielles :
Mettre fin à la régression des protections du travail et renforcer les cadres des droits du travail.
Garantir des systèmes d'inspection du travail et d'application des lois indépendants et dotés de ressources suffisantes.
Protéger la liberté d'association et la négociation collective, en particulier pour les femmes travaillant dans des secteurs précaires et de soins.
Reconnaître et intégrer le droit aux soins dans la législation et les politiques publiques.
Investir dans des services publics de soins de qualité afin de réduire la charge disproportionnée des soins non rémunérés qui pèse sur les femmes.
Garantir des mécanismes de plainte accessibles afin que les travailleuses puissent obtenir justice sans crainte de représailles.
Renforcer la collaboration avec les syndicats, qui jouent un rôle essentiel dans la défense des droits des travailleurs.euses et la responsabilisation.
Veiller à ce que toutes les femmes, y compris celles qui travaillent dans des secteurs précaires et de soins dans des zones de conflit et de guerre, soient impliquées dans la consolidation de la paix et la prise de décision en matière de sécurité.
Si les organes des Nations unies, les gouvernements et les partenaires donnent la priorité à ces actions, en mettant fin à la régression du droit du travail, en garantissant des mécanismes d'application indépendants et en intégrant le droit aux soins dans la législation et les politiques, nous pourrons progresser vers une égalité réelle et un accès significatif à la justice pour les travailleuses.